Deux roues à Madrid – 2

Vendredi 19 avril :

10h40 : La visite de Madrid est à 11h, nous sommes un peu en retard.

« 11h c’est un horaire bien pour les touristes, mais pour nous c’est quand même tôt… » m’explique Diego. Ah ces espagnols…

« Et là à vrai dire en métro on y sera dans 45 minutes, on pourrait plutôt prendre une moto – Comment ça une moto ? – Bah oui regarde comme là-bas ».

Alors ici, à Madrid, on peut prendre des petites motos jaunes comme on prendrait un Vélib’. Quelques minutes plus tard nous voici en route et en moto, un casque dont la couleur est raccord avec le véhicule bien vissé sur la tête. « C’est ça la vie » me crie-t-il. Je le crois.

Je suis bien, j’ai confiance, je me sens vivante, libre et légère sur cette moto.

« Oh bah regarde que des feux verts, ça c’est bien tu sais ». Diego aussi accorde de l’importance aux détails. Si vous avez lu « 2018, Pantone et numérologie », vous comprenez.


11h05 : On rejoint le petit groupe de touristes et j’apprends beaucoup de choses sur l’histoire de Madrid et sa culture. On se promène un peu, découvrant les  principaux monuments de la ville, le guide nous parle du 2 mai 1808, élan de révolte des espagnols contre les occupants français, une bataille très connue car immortalisée par Goya.


13h00 : La visite guidée prend fin et on se quitte devant le Teatro Real, l’opéra de Madrid qui est en forme de tombe vue d’en haut.

J’abandonne alors mon hôte complètement gelé par ces 12 degrés et quelques gouttes de pluie.

D’ailleurs à chaque coin de rue j’entends « Paraguas !* Paraguas ! Umbrella ?* Paraguas ? » Des vendeurs à la sauvette proposent à tous les passants de quoi s’abriter. Ils trouvent facilement des acquéreurs, nombreuses sont les personnes qui n’avaient pas prévu ce temps dans cette capitale réputée pour être ensoleillée.

*Paraguas = parapluie en espagnol *Umbrella = parapluie en anglais


15h20 : S’il y a bien une chose que l’on m’a répété quand j’ai annoncé que je me rendais à Madrid pour quelques jours c’est : « Tu ne peux pas aller à Madrid sans faire le Musée du Prado ». Ma phobie des statues à tendance à calmer mon entrain pour ces lieux culturels, mais la pluie qui n’a pas cessé depuis la fin de la visite guidée de ce matin a fini par me convaincre.

Seulement je ne suis pas la seule à avoir cette idée, il y a une file immense pour acheter des billets et une file toute aussi grande pour entrer dans le musée. Tant pis, je reviendrai demain.

J’en profite pour faire un petit tour à l’église Saint-Jérome-le-Royal qui est juste à côté.



16h00 : Même histoire pour le Musée de La Reine Sofía, beaucoup trop de monde, je décide plutôt de prendre la direction de la galerie d’art « Círculo de Bellas Artes ».


17h00 : Au rez-de-chaussée il y a une première exposition sur l’histoire de l’architecture et ses différentes théories, ça se présente comme un cabinet des curiosités, il y a des écrans, des maquettes de Le Corbusier, des croquis, des photos et des livres très anciens qui servaient à étudier l’architecture, certains sont d’ailleurs en français. Je fais le tour doucement, je veux voir tous les détails et tout comprendre.

Puis je dois me rendre au premier étage pour voir l’exposition suivante, pour cela on doit prendre un très grand escalier de marbre, une première grande statue tient la garde, alors je me glisse derrière un groupe qui monte aussi, ça me donne du courage face à ce bloc de pierre qui me fait si peur.


17h20 : La seconde exposition s’appelle « Creadores de conciencia », rapport aux divers photographes exposés ici, dont les clichés éveillent nos consciences. En effet, la pauvreté, la guerre, la maladie… Tout ce qu’il y a de plus triste se retrouve dans ces photographies, c’est captivant autant qu’émouvant. La beauté de ces prises de vue sert le message de ces moments capturés, tous ces instants volés, ces regards nous hurlent la misère humaine.

Troublée, touchée, émue, c’est comme ça que je ressors de cette salle d’exposition. Je veux ensuite me rendre à la terrasse qui se trouve sur le toit de ce musée, je me redirige vers l’escalier, une nouvelle statue aussi grande que la première se trouve devant moi, mais cette fois-ci il n’y a personne pour monter en même temps. Pas un groupe derrière lequel me cacher. Tant pis, je peux y arriver quand même.

Il aura fallu une seconde pour que je retrouve assise sur les marches froides de ce grand escalier, parce que mes jambes ont refusé de me porter plus longtemps. Je commence à respirer trop fort, tout en moi s’emballe, je sais très bien ce qu’il se passe. Pour autant je ne sais pas le gérer. Je suis coincée entre deux étages. Une statue en haut, une statue en bas, je ne vais jamais pouvoir sortir. A cette angoisse s’ajoute l’embarras de ne pas savoir hyperventiler discrètement. Il faut à tout prix que je parte de là.

Je me tire du mieux que je peux, collée à la rampe, je redescends les yeux trop embués pour bien distinguer tout ce qu’il y a autour de moi.

C’est bon, je suis enfin en bas, tout va déjà mieux, mais mon rythme cardiaque refuse de ralentir pour le moment.

Je ne retournerai pas au Musée du Prado demain.

Je veux quand même voir ce rooftop (=toit-terrasse), alors je prends l’ascenseur avec les jambes en coton. Et je suis ravie, malgré le ciel gris, de prendre l’air et de découvrir Madrid de plus haut.


20h50 : Je suis dans le métro en direction du dernier lieu que je veux voir avant de rentrer, aujourd’hui j’ai marché plus de 16 kilomètres, et ce, malgré la pluie.  Cette résilience face aux intempéries doit être la preuve que du sang breton coule dans mes veines. Je conclus aussi qu’à ma grande surprise, je peux quitter ma zone de confort assez facilement, mais qu’il y a aussi des peurs qui me dominent, je réglerai ça en rentrant en France. Tout de suite je ne rêve que de mon lit.

Mais avant cela, pour finir la journée je découvre la fameuse gare de Madrid « Atocha », j’ai définitivement bien fait d’attendre que la nuit tombe pour m’y rendre, elle est somptueuse.

 

A demain Madrid.

 

3 Comments

  1. C’est vrai que la gare Atocha est agréable. Elle ressemble plus à un jardin des plantes qu’à une gare.
    Je ne savais pas qu’on pouvait avoir une phobie des statues. Pas facile de visiter les musées qui en sont souvent truffés !
    Bises et belle soirée à toi.

    Aimé par 1 personne

    1. Oui ! C’est un endroit qui rend plus acceptable les retards de train 😉

      Si si, ça porte le doux nom d’ « agalmatorémaphobie ».Oui, les musées et pas seulement, dans les villes de manière générale, on en trouve facilement.

      Très belle soirée à toi aussi Phil, je t’embrasse.

      J'aime

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