Être antiféministe ?

Il m’a fallu remanier cet article mille fois. Trouver les bons mots, réfléchir à quelle serait son utilité et ce que je voulais qu’on en retienne. Il y a des sujets comme celui-ci que je ne me sens pas légitime d’aborder. Je doute de la qualité de cet article, mais ne sais que trop à quel point ce sujet pèse dans mon esprit. Alors, il me fallait vous écrire…

Dans ma dernière vidéo je vous parlais du podcast « The Boys Club » et tout particulièrement de l’épisode où Anthony était l’invité. C’était un invité comme jamais il n’y en avait eu sur ce podcast. Loin des visages un tant soit peu connus qui viennent s’exprimer d’habitude, Anthony -usuellement auditeur- a « seulement »commenté l’un des podcasts, réclamant plus de diversité dans les discours, lassé que tous se soumettent au féminisme « au point de balancer au bout de meme pas 5 minute « être un homme c’est trop être privilégié ». »

Alors, il a été invité à venir se confier au micro de Fab et Mymy, pour parler de son rapport à la masculinité, si vous écoutez cet épisode (et je vous encourage à le faire) vous entendrez aussi qu’il évoque entre autres les violences sexuelles dont il a été victime.

Dans ce long témoignage un élément me fait tiquer cependant, il se dit ouvertement « antiféministe », sorti de son contexte, lancé ainsi, hors de son témoignage, vous trouverez surement cela violent. Il s’agirait alors de mettre de côté vos préjugés et d’entendre comment Anthony en est arrivé à ce point. Nos vies et expériences déterminent nos croyances et nos convictions. Il a connu son lot de peines et de drames qui l’ont amené précisément là où il en est aujourd’hui. Ça n’excuse rien, mais peut nous permettre de comprendre.

Je me garderai alors de jeter la pierre à Anthony, d’ailleurs je n’en ai aucune envie, j’ai entendu et compris tout ce qu’il avait à dire et il n’est pas envisageable de juger ou condamner  ici quelqu’un qui ne partage pas –à première vue- mes idées.

Seulement, j’avais très envie de vous dire, pourquoi en entendant « antiféminisme »,  mon cœur se serre un peu.

Le féminisme est définitivement un sujet qui ne sait mettre tout le monde d’accord, il divise, passionne, suscite la haine, donne de l’espoir… C’est comme si toutes les réactions étaient finalement possibles face à ce petit mot.

Pour ma part je suis féministe. Je le répète volontiers : pour moi c’est une évidence, une question qui ne se pose pas. Je souhaite absolument qu’un jour on obtienne l’égalité entre les genres. Point final.

Quand j’avais 15 ans, j’avais du mal à me définir ainsi, pourtant je partageais déjà toutes les idées de ce mouvement, mais dans mon esprit, comme dans beaucoup d’autres, était accolés des images et propos extrêmes relayés par les médias… ça me faisait peur et je ne voulais pas m’aligner au même rang que des personnes qui, finalement, n’incarnaient pas ma définition du féminisme.

J’étais aussi mal à l’aise à l’idée d’avoir cette étiquette, « être féministe ». Je ne savais pas encore l’importance d’être solidaire derrière un même mouvement pour défendre des mêmes revendications.

Maintenant je comprends, je sais qu’on doit  manifester nos volontés de voir le monde devenir plus juste. Puisque définitivement, nous ne pouvons toujours pas, toutes et tous, disposer des mêmes places, jouir des mêmes droits. Etant donné que nous sommes encore trop  à ne pas pouvoir arpenter les rues tranquillement, sortir le soir sans avoir peur, prendre les transports en commun en scrutant les alentours pour anticiper un comportement indésirable, parce qu’à travail égal nous n’avons pas toutes et tous le droit aux mêmes salaires, parce qu’il est plus difficile pour une femme de monter en grade et faire évoluer sa position hiérarchique dans une entreprise, parce qu’en 2015 122 femmes ont été tuées par leur conjoint. Pour ne citer que ça… Le féminisme ce n’est pas lutter contre des choses insensées, c’est vouloir la paix et l’égalité.

Alors à mon oreille, l’antiféminisme sonne comme un refus de justice, une déclaration ventant à quel point il est confortable de vivre dans une société ouvertement sexiste et discriminante. C’est d’une violence que, supposément, on ne mesure pas toujours quand on se présente avec ce statut.

 

Mais je trouve tout aussi violent que ce soient des féministes qui aient refusé d’entendre les plaintes d’un homme victime de violences –celles d’Anthony dans ce cas précis-. Qu’est-ce que ces féministes –qui en voulant offrir  à certain·e·s la parole, en privent d’autres de cette dernière– ont en tête précisément ? Nous n’atteindrons pas l’égalité ainsi.

Ce comportement n’est pas féministe, mais discriminatoire. Et s’opposer à celui-ci c’est lutter contre la discrimination liée au genre, ce n’est pas « être antiféministe ». Auquel cas ce serait terriblement ironique.

Je ne voudrais pas parler à la place d’Anthony, mais j’aime à croire que lui aussi, tout comme moi, lutte contre la discrimination, je ne le pense pas antiféministe, tout du moins pas autant qu’il voudrait bien le dire.

Idéalement, il faudrait  qu’on sache allier nos combats face à la discrimination plutôt que de se séparer sur nos différends. Qu’on comprenne que défendre des causes sans que cela ne nous profite directement ce n’est pas nécessairement réduire nos chances de mener à bien une lutte plus personnelle. C’est au contraire une assurance de se faire d’autres alliés.

Bref, là où je veux venir avec tout ça, c’est que se dire « antiféministe » suite à un conflit avec des membres de ce mouvement, c’est  généraliser, mettre tout le monde dans le même panier, potentiellement blesser des personnes qui pourraient s’allier à vous… Il faut faire attention avec ce mot, l’utiliser si facilement c’est se mettre au service des personnes qui véritablement refusent l’égalité entre les genres.

Mais si tout était si facile, s’il suffisait de quelques mots pour faire entendre raison, cela se saurait… N’empêche que parfois ça m’agace. Et oui j’avais envie de vous dire que parfois ça me rend triste de penser que la vie pourrait être bien plus tranquille pour tout le monde. Oui je suis une hypersensible souvent usée qu’on juge bon de ne pas se foutre la paix une bonne fois pour toutes, qu’on s’entretue, que l’on soit si bête.

Une chose encore, puisque cet article -vraiment long- a pour vocation de rassembler mes idées sur le féminisme je voudrais rajouter cela : le 8 mars c’est la journée internationale pour les droits des femmes, je vous en supplie, abstenez-vous d’offrir des fleurs ou du maquillage aux femmes de votre entourage ce jour là. Tout d’abord, parce qu’il ne s’agit pas de célébrer la femme, mais de rappeler  les combats  menés, les droits acquis et ceux qui restent à acquérir, rendre hommage à celles et ceux qui se sont battus et se battent en ce sens. D’autre part, si vous le faites au motif de votre respect pour elles, cela ne fonctionne pas non plus, gardons en tête que ces artifices ne font rien avancer du tout… Si vraiment vous êtes soucieux de la condition de la femme, réfléchissez peut-être à ce que vous avez fait ou à ce que vous pourriez  faire concrètement pour éviter les comportements sexistes qui rythment nos quotidiens.

Merci d’avoir lu cet article jusqu’au bout, je vous laisse partager votre avis/vos opinions avec moi si le cœur vous en dit…

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6 Comments

  1. Peut-être que Anthony a dit « antiféministe » alors qu’il pensait « antisexiste » ?

    Personnellement, je trouve, par moments, certaines revendications des femmes occidentales un peu abusives !
    On croirait qu’elles cherchent à anéantir le statut de l’homme mâle au sein même de la société, sans aucune recherche d’égalité, plus qu’à juguler l’instinct de domination masculine !

    En gros, j’accepte très bien qu’une femme porte des pantalons, mais je refuse catégoriquement de porter des robes, en espérant qu’aucune loi ne m’y oblige un jour !

    Et aussi, une femme peut trouver anormal, et même illégal, que son mec lui tape dessus, mais qu’elle ne se sente surtout pas obligée de déposer une plainte, juste parce qu’un gros lourdingue lui a fait un compliment sur sa mini-jupe ou sur son décolleté pigeonnant, qu’il a maté avec insistance sa belle bouche pulpeuse, ou parce qu’il s’est cru drôle en dégainant sa formule de drague pourrie favorite, tu sais la punchline de nanard du style :
    « Hey mademoiselle, tu t’appelles Google ? Parce que je trouve en toi tout ce que je recherche ! »

    Donc, pour résumer, je ne suis ni féministe, ni antiféministe.

    Amicales pensées

    Aimé par 1 personne

    1. Aucune idée, je n’en ai pas l’impression en tout cas…

      C’est justement ces extrêmes que je dénonce. L’idée du féminisme n’est pas de donner aux femmes plus de place en anéantissant celle des hommes (sans oublier que tout n’est pas si binaire en réalité), on peut arriver à une égalité sans rien retirer à qui que ce soit. A vrai dire, il y a de la place pour tout le monde.
      Être féministe ce n’est pas non plus imposer un style vestimentaire, c’est permettre à tout le monde d’avoir le choix. On a le droit d’être féministe en ne portant que des robes tout comme on a le droit de porter une robe sans être une femme, etc.

      Je ne sais pas non plus dans quelles mesures il est intéressant de porter plainte pour ces cas précis, en revanche je pense qu’il est essentiel de le dénoncer à travers les différents moyens de communication et de partage que l’on a à disposition, afin de faire évoluer les mentalités et enfin venir à bout de ces remarques, qui, avouons-le, ont le mérite d’être insupportables et je le dis en connaissance de cause.

      Avec tout mon respect pour cette position,

      Très belle semaine 🙂

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  2. Je rejoins ton propos. C’est très intéressant comme sujet. On peut être un homme et adhérer aux idées féministes et être une femme et être antiféministe.. le 8 mars c’est une journée pour lutter contre l’excision qui moi me révolte au plus haut point, contre les violences faites aux femmes.. tu as raison de le rappeler. Excellent weekend Justine, Bises bretonnes 🙂

    Aimé par 1 personne

    1. Oui absolument, c’est un sujet intéressant, mais complexe car source de divergences…
      Contente que tu défendes cette cause également !
      Belle semaine Frédéric, bises 🙂

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  3. Bien souvent, ce sont quelques comportements extrêmes qui entrainent des réactions excessives, qui elles-mêmes confortent la position radicale à l’origine du rejet. Et ainsi nait une réaction en ch-haine…
    C’est certain que le dialogue et la modération sont préférables, mais quand la passion échauffe les esprits, ce n’est pas toujours évident.
    Bises et belle soirée à toi, Justine.

    Aimé par 1 personne

    1. Absolument, c’est un phénomène que j’ai bien eu l’occasion d’observer, c’est simplement regrettable, on gagnerait beaucoup à faire plus souvent appel à notre raison…
      Merci pour ton commentaire, très belle soirée également, bises ☺️

      Aimé par 1 personne

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